Marie, Mère de Dieu selon la chair

J’avoue être choqué lorsqu’une oraison ou un cantique dit de Marie qu’elle a "engendré le créateur du Monde". C’est absurde logiquement.

Le concile d’Ephèse a défini Marie comme "mère de Dieu", puisque Jésus est Dieu. Des cantiques anciens en déduisent que Marie est la mère du créateur:
"Tu quae genuisiti, natura mirante, tuum sanctum Genitorem": Toi qui a engendré, devant la nature émerveillée, ton saint Créateur ("Alma Redemptoris mater"). (Cité par exemple par le pape Benoit XVI le 1° janvier 2008).

Ce n’est évidemment pas "Dieu le Père" que Marie a engendré: n’est-ce pas l’occasion de se rappeler que la Trinité est constituée de trois personnes?

Dans un billet de mon site (colonne de droite) je mentionne une autre approche, que les discussions préparatoires au Concile d’Ephèse suggèrent: c’est de considérer que Marie a engendré Jésus "selon la chair"; ce qui va dans le sens du prologue de Jean, pour lequel Jésus préexistait.

Au lieu de "croire parce que c’est absurde", et donc d’admirer cette contradiction que constitue – ou constituerait – une créature engendrant son créateur, il me semble préférable d’essayer, avec nos esprits du XXI° siècle, de voir en Marie la génitrice de ce que Dieu a choisi de nous montrer de lui sous forme d’un homme.

On pourrait alors dire par exemple que Marie est "Mère de Dieu fait homme", ou "Mère de Dieu selon la chair". On éviterait de dire qu’elle est la "mère du créateur", ce qui n’a aucun sens.

Il s’agit d’énoncer notre foi de la façon la plus précise possible; cela permet un meilleur dialogue avec tous les hommes, et notamment avec les juifs et les musulmans.

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Ce qu’est la foi

Sur cette question ("ce qu’est la foi et ce qu’elle n’est pas"), un article intéressant (en anglais) de Robert Barron sur le site "Strange Notions", dont j’ai déjà parlé.

Rien d’original: c’est la doctrine classique. Elle est présentée ici à travers la comparaison avec la rencontre d’un homme (ou d’une femme), sur lequel on sait des choses, mais qu’il faut ensuite décider de croire ou non quand la conversation devient plus intime.
Dieu ne nous demande nullement de renoncer à la raison, mais au contraire de comprendre tout ce que nous pouvons comprendre avec l’aide de la raison.

La limite de cet article: il suppose implicitement que chercher Dieu n’est pas contraire à la raison… Alors que la majorité des incroyants pensent savoir que l’idée même de l’existence de Dieu n’a pas de sens. Ils ne sont pas ouverts. Et tout le problème, en science comme en philosophie et en religion, est d’être ouvert (cf. mon livre "Le fait Jésus").

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"Procède du Père et du fils"

1) Le Credo (Symbole de Nicée) dit que l’Esprit Saint "procède du Père et du Fils". Cette formule n’est pas acceptée par les orthodoxes, qui disent que l’Esprit Saint procède du Père.
En cette fête de la Trinité, parlons un peu de ces "trois personnes".

- Un prêtre ami commence sa messe en disant: "Au nom du Dieu Un, qui est Père, Fils et Esprit". L’avantage de cette formule est de ne pas donner l’impression qu’il y a trois dieux. En outre elle laisse, volontairement ou non (je n’en ai pas parlé avec lui), la porte ouverte à l’hypothèse où Dieu ne serait pas seulement Père, Fils et Esprit, mais encore d’autres choses qui nous dépassent (voir mon exposé sur le livre "Le fait Jésus", page 7).

- Dans l’évangile de Jean, Jésus nous donne l’Esprit (cf p.ex. Jean 16,7 etc., et surtout 20, 22), et c’est "au nom de Jésus" que le Père l’enverra (Jean 14,26). A la Pentecôte c’est "la promesse du Père" qui s’accomplit (Actes 1,4). Qu’il soit envoyé par le Père ou bien qu’il procède aussi du Fils me semble peu important: l’Esprit Saint est présence de Dieu parmi nous. L’Esprit Saint, c’est Dieu. De même, Jésus a été présence de Dieu en Israël, et continue à être présence de Dieu pour nous dans l’eucharistie: il est Dieu.

Nous connaissons donc Dieu sous diverses formes. Je ne suis pas sûr nous puissions dire que telle forme de la présence de Dieu procède des autres formes.
Et je ne suis pas sûr non plus que cela ait un sens de dire que l’Esprit est l’amour qui relie le Père et le Fils (est-ce une affirmation biblique, d’ailleurs?)

2) Une autre affirmation qu’on entend parfois est que avec Jésus, "il y a de l’humain en Dieu" (certains vont jusqu’à dire: "il y a un homme dans la Trinité", mais là c’est aller un peu loin – Jésus n’est pas seulement un homme).
Et, de façon un peu différente, on dit aussi parfois que "nous sommes en Dieu".

Les chrétiens sont convaincus que Dieu est présent dans le monde; qu’il nous a créés, et que son Esprit est en nous.
Dire que nous sommes "en Dieu" est une façon de parler qui peut correspondre à ce que l’on ressent parfois dans la prière (que ressentent en tout cas certains spirituels). Mais le péché qui est en nous est-il "en Dieu"? Ce serait aller trop loin de l’affirmer.

Dieu, en "se faisant homme", c’est à dire en se montrant à nous sous la forme d’un homme parfaitement habité par Lui, a révélé combien ce que nous sommes est appelé à devenir divin: nous sommes appelés à participer à la vie de Dieu.

Toute réalité bonne est "en Dieu": et donc bien sûr la réalité humaine y est.

Quant à Jésus, en même temps qu’un homme, il est plus qu’un homme: par l’eucharistie et par l’Eglise, son corps très vaste regroupe peu à peu toute notre réalité.

Plutôt que de dire qu’il y a de l’humain en Dieu, il me semble plus intéressant de dire que tout est destiné à être "récapitulé" en Dieu.

PS: Après avoir rédigé ce texte, je tombe sur un billet de blog publié par un diacre, avec le titre "Dieu n’est pas solitaire" ! Quel anthropomorphisme ! Cela n’a pas le moindre sens! Et accessoirement cela suppose ces fameuses "relations entre les personnes de la Trinité" que je discute ci-dessus.

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Le Père, cruel de faire souffrir son fils Jésus?

Une amie s’interroge: "Il est cruel ce Père, qui envoie son fils Jésus souffrir pareillement!"

Que répondre?

Pour moi, c’est Dieu qui vient souffrir. Jésus est Dieu; Dieu choisit de venir nous montrer ce qu’est son amour: à quel point il nous aime. Et il nous montre aussi comment il nous invite à aimer à notre tour: jusqu’à en souffrir; jusqu’à en mourir.
Parce que c’est le chemin pour entrer dans une transfiguration dépassant la mort: c’est le véritable chemin, qui nous fait participer à la vie de Dieu et transcender notre existence actuelle, dans la résurrection avec le Christ. C’est un chemin de vie, de vie éternelle.

"Des mots"? Pas lorsqu’on a essayé d’aimer, qu’on a compris que c’est au-delà de nos forces, et donc qu’on a demandé à Dieu de venir en nous pour nous transformer, et nous faire comprendre sa croix.
On a alors découvert la joie de vivre en Dieu: "la paix qui dépasse tout ce que l’on peut imaginer" (Philippiens 4,7).

Cela dit, réfléchissons un instant à la personne de Jésus, vrai homme. Il n’est pas simplement quelqu’un qui donne l’illusion d’être un homme; sa conscience d’homme est limitée, et son corps d’homme connaît tous les sentiments humains. Il sait que son Père, avec qui il est en union constante, l’envoie sur un chemin qui va vers la mort, et il l’accepte; mais il ressent l’angoisse, et va jusqu’à dire: "S’il est possible, que cette coupe passe loin de moi!" (Mt 26,39).

Et c’est pourquoi nous l’avons "reconnu comme un homme à son comportement" (Philippiens 2,7).
Il est vraiment un homme, et il nous est possible de nous engager sur le chemin de "l’imitation de Jésus-Christ" grâce à l’Esprit qu’il nous a donné.

Il est "le premier d’une multitude de frères" (Romains 8,29).

Qu’en pensez-vous?

- En réponse à la remarque d’une amie, je précise que la souffrance n’est pas un but en soi; elle était, dans le cas de Jésus, une conséquence prévisible. 

 

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Qu’est-ce qu’être chrétien?

La question est parfois posée: qu’est-ce qu’être chrétien?
Et les réponses varient…
Je suis d’ailleurs frappé par le fait que l’on trouve chez les catholiques, à propos de cette question, une tendance qui est fréquente d’habitude surtout chez les évangéliques: à savoir de s’appuyer sur une phrase ou un passage particuliers de la Bible (du Nouveau Testament en l’occurrence), sans tenir compte d’autres phrases qui disent éventuellement des choses différentes voire contradictoires.

En la circonstance c’est de choisir une phrase ou un passage particulier, et de dire: "C’est cela être chrétien", ou "C’est agir comme cela qui fait qu’on est chrétien"…

Ainsi par exemple ce dimanche le prêtre nous propose le texte d’un auteur qui explique que le "signe distinctif des chrétiens", c’est de s’aimer les uns les autres (sur la base de l’évangile du 5° dimanche de Pâques, Jean 13,34).
Et il s’interroge: ceux qui sont baptisés, et qui depuis n’ont plus aucun contact avec l’église, sont-ils chrétiens?
On pourrait alors aller jusqu’à demander – à partir de ce critère de l’amour mutuel – si les personnes qui, dans le malheur ou la maladie, prient le Seigneur avec insistance dans la solitude, sont chrétiennes!

Non, vraiment, il me semble que "le critère", s’il doit y en avoir un, n’est pas celui-là.

Un hindouiste que je rencontrais hier me parlait d’Arnaud Desjardins et me disait qu’il avait toute sa vie appliqué l’enseignement de Jésus; c’est cela, me disait cet ami, être chrétien. Je lui ai répondu que pour ma part je suis loin d’appliquer complètement cet enseignement…

Un charismatique de son côté vous dira qu’être chrétien c’est accepter le travail de l’Esprit en soi, pour être peu à peu guidé par lui; pour que ce soit lui qui agisse à travers nous. Il ne s’agit donc pas principalement d’appliquer par nos propres forces un enseignement, mais de vivre en relation avec le tout autre.

Au total je propose donc une définition très simple, qui couvre tous les cas, y compris ceux des baptisés qui ont tout abandonné:

Un chrétien, c’est quelqu’un qui est en relation avec le Christ.

Je dis bien "le Christ", et non pas Jésus. Il s’agit de Dieu fait homme, et non pas simplement d’un homme admirable.
Cela couvre le cas de tous ceux qui prient; et aussi de ceux qui imitent l’homme Jésus sans exclure qu’il soit plus qu’un homme.
Cela comprend… tous les pécheurs que nous sommes, bien loin de nous aimer les uns les autres!

Et cela comprend tous les baptisés: le baptême, "mystérieusement" (c’est à dire d’une façon que nous ne connaissons pas), a créé une relation entre ceux qui l’ont reçu et le Christ. Relation qui demeure même s’ils ont quitté la foi.

Les chrétiens sont en relation avec le Christ de façons diverses: chacun selon son chemin, et selon l’étape où il en est de son itinéraire.

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Kant: l’amour est un sentiment

Comte-Sponville, dans son livre récent "Le sexe ni la mort", cite page 20 cette phrase de Kant: "L’amour est une affaire de sentiment et non de volonté". Et Comte-Sponville dit de son côté: "L’amour ne saurait être un devoir"
N’ayant pas encore lu la suite, je ne sais si Comte-Sponville, qui est subtil et a été chrétien, s’en tiendra à cette affirmation.

Ma vision de "l’amour chrétien" est bien différente: l’amour du prochain auquel Jésus nous invite n’est pas, en tant que tel, un sentiment! Et Jésus nous donne bien un commandement !

Aimer, son prochain, soi-même et Dieu, est plutôt ce que j’appelle une question de "volonté calme". C’est un engagement que l’on prend; une voie dans laquelle on s’engage: penser aux autres, sans pour autant ressentir nécessairement des sentiments positifs pour eux. Vraiment un sens différent du verbe aimer!

Et c’est un "devoir" dans la mesure où c’est un choix pour la vie: de même que conduire bien sa voiture est un devoir…

A suivre!

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La foi: Dieu s’offre à nous

"Dieu s’offre à nous"; pas à tout moment sans doute, mais selon le parcours de chacun.

Entrer dans la foi, c’est commencer un chemin, une relation. Il ne s’agit pas  d’une certitude, mais d’une conviction très intime: que le Seigneur existe, et que la vie avec lui est ce qu’il y a de meilleur.

Avoir la foi, est-ce "penser que Dieu existe" ? Entrer dans la foi, c’est plus que cela: c’est "mettre sa foi" en Dieu, mettre sa confiance en lui; entrer dans la prière.

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