Folie de la conception « moraliste » du péché

Le récent incident avec Mgr Lalanne, considérant qu’il ne pouvait pas dire si les actes pédophiles de certains prêtres sont ou non des péchés, montre à nouveau combien la conception moraliste du péché est défectueuse.

J’avais déjà constaté que l’approche, bien différente, que j’expose dans mon livre « Le fait Jésus » mettait mal à l’aise certains prêtres, qui ne comprennent pas mon équation pourtant simple: est péché ce qui est contraire à l’amour; autrement dit beaucoup de choses.
Ils ne la comprennent pas parce que pour eux, pour qu’il y ait péché, il faut que « l’acte » soit conscient, volontaire.

On vit alors sa vie morale sur le registre de la volonté et de « l’examen de conscience ». Et non pas de la relation d’amour avec Jésus, vivant et présent, dans l’Esprit.

Le mot « acte », déjà, est peu approprié. D’ailleurs l’Eglise a reconnu qu’il y a des états de péché, des situations de péché, au delà des actes individuels.

Le scandale récent monte combien il est urgent de changer, même si cela oblige de réviser beaucoup de choses.
Marc Oraison, dans son livre fort ancien « Une morale pour notre temps », avait ouvert la porte.

Certes, toute une conception de l’accompagnement spirituel et de la confession peut se trouver remise en cause. Cela peut prendre du temps.

Mais au moins, qu’à défaut de changer immédiatement la pratique, on change la théorie:
que l’on se centre sur l’amour.

 

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Ambigüité du mot « croire » !

Je retrouve la réponse que j’avais faite à un questionnaire sur la foi; on demandait notamment: « Comment l’Eglise peut-elle rejoindre le monde d’aujourd’hui? »
Et, dans la ligne de mon livre « Le fait Jésus », je répondais:

« Par la vérité, la modestie; en ne disant pas ‘je sais’ mais ‘je crois’, et ‘il n’est pas absurde de croire’ .
Auparavant, en réponse à la question « Comment le fait d’être scientifique a-t-il influencé votre manière de voir la religion?« , j’avais écrit:
« Considérablement; d’où mon livre ‘Le fait Jésus’, renversement de la façon d’approcher la révélation ».

Mais je me rends brusquement compte que le mot « croire » n’est pas pris dans le  même sens par les philosophes et par les « croyants ».

Croire, cela veut dire « ne pas être certain », la certitude n’étant pas de ce monde. Ainsi on dira « Je crois que Dieu existe » .

Mais croire quelqu’un, c’est placer sa confiance en lui « le croire ». Alors, pour l’Eglise « croire en Dieu », « Croire ce que Dieu dit », c’est tout le contraire de la position philosophique ouverte à laquelle je pensais dans ma réponse en gras ci-dessus…

 

 

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Le Seigneur est avec nous?

Le prêtre nous dit à la fin de la messe « Le Seigneur soit avec vous! », mais j’entends en général – je corrige sans doute automatiquement: « Le Seigneur EST avec vous! » La phrase latine d’autrefois était « Dominus Vobiscum », sans verbe, et la salutation de l’ange dans l’évangile de Luc (1,28) est sans verbe également et signifie plutôt « le Seigneur est avec toi ».

Le Seigneur est-il avec nous?

Pour beaucoup de gens, notamment ceux qui sont dans le malheur ou la misère, c’est une affirmation difficile à croire.
Et on pourrait me dire: qu’est-ce que tu en sais?

S’il est présent, diront certains, alors il est indifférent au mal: comme une montagne est présente et reste là, quoi qu’il nous arrive.
Ou alors diront d’autres, il n’est pas tout puissant: il nous berce de belles paroles, mais le moment venu nous nous retrouvons tout seuls…

En effet, la puissance que le Seigneur choisit d’exercer n’est pas de changer le monde pour nous éviter la souffrance et la mort.
Mais nous savons qu’il est vraiment avec nous quand nous apprenons à nous tourner vers lui. A nous tenir à lui, en serrant notre chapelet ou notre crucifix, parce que nous savons qui Il est et qu’il nous aime.

Je compare souvent Dieu à une maman très aimante, qui accompagne l’enfant que nous sommes à travers la violence et la douleur de la vie.

Car Dieu, en effet, dans notre monde, ne supprime pas le mal. Il ne nous dit même pas quelle est son origine  (voir l’excellent texte du Père Duval-Arnould).

Il nous invite à monter dans la foi et dans l’amour: à Lui faire confiance, parce que nous avons compris, en Jésus, combien il est amour. A monter dans l’amour… en aimant ! Et donc en acceptant de souffrir, car il n’est guère d’amour sans souffrance.

Notre réconfort est dans la Parole de Jésus, qui est un roc solide, et dans la fidélité à la prière, qui change à la fois notre coeur et notre esprit, pour traverser les épreuves dans la confiance, même si nous ne ressentons pas la présence du Seigneur.

 

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Serons-nous « récompensés » ?

« Très bien, serviteur bon et fidèle », dit le maître en Matthieu 25,21; et il ajoute: « Tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup; entre dans la joie de ton seigneur. »

Parfois les chrétiens, quand ils agissent bien, se disent qu’ils en seront récompensés: peut-être dès ce monde, et sûrement « dans l’autre monde ».

C’est me semble-t-il à la fois vrai et faux…

D’ailleurs, en Luc 17,10, Jésus dit: « (le maître) va-t-il être reconnaissant envers ce serviteur d’avoir exécuté ces ordres? De même vous aussi, quand vous aurez exécuté tout ce qui vous a été ordonné, dites: Nous sommes de simples serviteurs: nous n’avons fait que notre devoir. »

Le texte de Luc, qui est rédigé en termes de « devoir » et d’obéissance aux ordres, durcit ce que peut être l’attitude chrétienne la plus pure: qui est une attitude d’amour pour Dieu; de vie dans l’amour, et non dans une succession de devoirs à accomplir.

Même s’il est parfois difficile de choisir la voie de l’amour et de s’y maintenir.

Pour celles et ceux qui sont mariés, pensez-vous votre attitude envers votre conjoint en termes de « récompense » si vous avez fait votre « devoir »? Ce serait dommage, et bien loin du respect infini, de la compréhension profonde de l’autre, qui peuvent imprégner un amour authentique.

On pourrait prendre aussi la relation que nous avons avec nos enfants: attendons-nous une récompense, de tout ce que nous faisons pour eux? « Viens, dirait Jésus, tu as été une bonne maman »? Non me semble-t-il: nous aimons, ce qui est à la fois tout simple et parfois bien difficile.

De même notre relation à Dieu: plus nous entrons dans des habitudes de prière, et de lecture régulière de la Bible, et plus nous pouvons entrer dans une intimité avec le Seigneur; dans une relation simple et confiante, où la notion de récompense future n’a pas vraiment sa place: nous avons déjà la vie en Dieu (et nous sommes confiants qu’elle se poursuivra après la mort).

Un peu comme le dit Saint Paul: Dieu commence à vivre en nous (« Ce n’est plus moi qui vis.. » Galates 2,20).

Notre récompense, c’est de comprendre toujours mieux ce qu’est l’amour; ce qu’est la réalité de Dieu.

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L’Ange du Seigneur

Quand le Premier Testament parle de l’Ange du Seigneur, c’est bien souvent le Seigneur lui-même dont il s’agit.

Exemple dans la Genèse, après qu’Abraham ait lié Isaac pour le sacrifier:

L’Ange de Yahvé appela une seconde fois Abraham du ciel et dit : Je jure par moi-même, parole de Yahvé : parce que tu as fait cela, que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique, je te comblerai de bénédictions, je rendrai ta postérité aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable qui est sur le bord de la mer, et ta postérité conquerra la porte de ses ennemis. Par ta postérité se béniront toutes les nations de la terre, parce que tu m’as obéi. ( Genèse 22,15-18)

Noter que, après avoir appelé Abraham, l’ange dit: « Je le jure par moi-même » (..), et « Je te comblerai de bénédictions.. » etc.
Il est Dieu.

Les exemples sont assez nombreux dans le Premier Testament, et ce point est bien connu des biblistes; c’est pourquoi j’ai mis ce billet ici et non dans le blog « Bibliques« .

Un cas un peu différent, mais impressionnant d’un point de vue chrétien, est la rencontre au chêne de Mambré (Genèse 18), où se mélangent le singulier et le pluriel.

1. Le Seigneur apparut à Abraham (..).
Abraham leva les yeux et aperçut trois hommes debout non loin de lui. (..)  Il dit « Mon Seigneur, ne passe pas près de ton serviteur sans t’arrêter; je vais vous apporter à manger .. »
(..)
5. Ils répondirent: « Fais comme tu l’as dit ».

Puis, toujours dans le même récit:

9. Ils lui dirent: « Où est Sarah, ta femme? »
Abraham répondit: « Elle est dans la tente »
10 Le SEIGNEUR reprit: « Je dois revenir, au temps du renouveau, et alors Sarah ta femme aura un fils.

Ce sont bien les mêmes personnages qui parlent, mais tantôt au pluriel et tantôt au singulier.
Un ange? Trois anges? … DIEU !

Cette apparition de Dieu, sous forme de trois êtres qui parlent parfois au singulier, évoque évidemment pour les chrétiens la Sainte Trinité.

Additif: Il y a aussi, dans le Premier Testament comme dans le Nouveau, des anges, des « envoyés », qui sont bien distincts de Dieu: cf. p.ex. le livre de Tobit, ou l’Annonciation! 

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Que ton règne vienne !

Quand nous disons ou « récitons » cette phrase du Notre Père  « Que ton règne vienne ! »,  quelles sont les pensées qui nous traversent, si nous faisons attention à nos paroles?

Comme chrétiens vivant dans la foi et dans l’amour, nous pouvons y voir d’abord un appel au Seigneur: « Viens vivre en moi! » « Que ton règne vienne en moi en traversant mon péché! »

J’y vois aussi, comme à la fin de l’Apocalypse, l’appel au Seigneur: « Viens Seigneur Jésus! » (Ap 22,20). Oui, viens transformer notre monde, « changer nos coeurs de pierre en coeurs de chair » (Ezéchiel 36,26) !

C’est également l’acceptation, comme Marie: « Oui Seigneur, que ta volonté se fasse en moi ».

Et enfin c’est, avec Dieu, une vision de son travail sur le monde: Oui Seigneur, ton règne vient: « Que l’homme veille ou qu’il dorme,  la nuit et le jour, la semence germe et grandit, il ne sait comment » (Marc 4,27)

Voir aussi: Prier avec quelques phrases du Notre Père: http://plestang.free.fr/txc-notp.htm .

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Le bon berger et le jugement

Les textes de dimanche dernier (Christ Roi année A) comportaient à la fois Ezéchiel 34 (la brebis perdue, je la chercherai) et Matthieu 25 (le jugement dernier)…
Notre prêtre s’est appuyé sur eux pour un rapprochement audacieux, et miséricordieux…

Rien n’est définitivement perdu pour Dieu a-t-il dit: les « chèvres », que le Fils de l’homme place à sa gauche, sont-elles « perdues », définitivement? « J’irai moi-même à la recherche de mes brebis » dit le texte d’Ezéchiel. « La brebis perdue, je la chercherai; l’égarée, je la ramènerai« . « J’irai les délivrer dans tous les endroits où elles ont été dispersées« .

Magnifique inversion, où le texte de Matthieu parle de sévérité, tandis que le texte du Premier Testament parle d’amour et de guérison!

Et donc c’est comme si, en réalité, le « jugement dernier » n’était qu’une étape; qu’un constat sous le regard du Christ, après lequel Dieu, inlassablement, poursuivra sa quête auprès des hommes, « afin que tous soient sauvés » (1 Tim 2,4).

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